Pour un numérique souverain !

Lors du dernier Conseil de Paris j’ai posé cette question écrite à l’exécutif :

Monsieur le Maire, 

En février 2026, le Conseil de Paris a adopté un vœu sur l’indépendance numérique de la Ville. Depuis, l’État a engagé une trajectoire de souveraineté visant à réduire les dépendances logicielles, notamment vers des solutions libres. Ces enjeux sont désormais opérationnels et concernent directement la continuité des services publics et la maîtrise des données.

Si Paris est déjà engagée en faveur du logiciel libre, la stratégie numérique responsable adoptée en 2025 ne traite pas spécifiquement des systèmes d’exploitation ni des outils bureautiques. Dans ce contexte, nous souhaitons savoir :

  • Où en est la mise en œuvre du vœu et la cartographie des dépendances ?
  • Un comité d’évaluation des risques a-t-il été mis en place ?
  • Quelles premières orientations sont envisagées pour réduire ces dépendances ? 

Je vous remercie.

Pourquoi j’ai posé cette question écrite ?

La transformation numérique des collectivités territoriales n’est pas un sujet technique réservé aux spécialistes. C’est un enjeu politique majeur, qui touche à la continuité du service public, à la protection des données, à l’autonomie de décision des institutions et à notre capacité collective à maîtriser les infrastructures dont nous dépendons chaque jour.

C’est dans cet esprit que j’ai posé une question écrite à l’exécutif parisien sur l’indépendance numérique de la Ville de Paris. Une grande collectivité comme Paris ne peut pas se contenter de subir les choix des grands acteurs privés du numérique. Elle doit au contraire reprendre la main, anticiper ses dépendances et construire une trajectoire cohérente avec ses engagements politiques et écologiques.

Un enjeu de souveraineté, au sens plein du terme

Parler de souveraineté numérique, c’est se demander qui contrôle les outils de travail de la collectivité, ses données, ses systèmes d’exploitation, ses logiciels, ses infrastructures ? Tant que la réponse dépend trop largement de solutions propriétaires imposées par quelques acteurs dominants, l’autonomie de la puissance publique reste fragile.

Pour une ville comme Paris, cette question est particulièrement importante. La capitale concentre des responsabilités considérables, des services publics multiples, des volumes de données importants et une forte exposition aux risques techniques, économiques et stratégiques. Plus la Ville est puissante, plus elle doit être capable de choisir librement ses outils.

Paris peut et doit être exemplaire

Paris n’est pas une collectivité comme les autres. Par sa taille, son budget, ses effectifs, son influence et sa capacité d’entraînement, elle peut jouer un rôle d’exemplarité. Quand la Ville choisit une orientation, elle envoie un signal bien au-delà de son administration. Elle peut structurer un marché, influencer des pratiques, encourager des alternatives et contribuer à faire émerger des standards plus ouverts et plus durables.

C’est précisément pour cela qu’il est important que Paris se dote d’une stratégie claire, lisible et ambitieuse en matière de souveraineté numérique. Il s’agit d’assumer pleinement le rôle d’une grande puissance publique locale, capable d’anticiper les dépendances et d’organiser la transition vers des solutions plus robustes et plus libres.

Suivre les nouvelles orientations de l’État.

L’État a lui-même engagé une réflexion structurante sur la réduction des dépendances numériques et sur la montée en puissance de solutions libres. Cette évolution est importante car elle confirme que la question n’est plus marginale. Lorsqu’une telle orientation se dessine au niveau national, les collectivités ont tout intérêt à s’y inscrire rapidement et intelligemment.

Une ville comme Paris doit prendre les devants, cartographier ses dépendances, identifier ses vulnérabilités et définir une trajectoire propre. Cela suppose des choix précis sur les systèmes d’exploitation, la bureautique, les logiciels métiers, les postes de travail et les infrastructures. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé des précisions à l’executif pour savoir où en est réellement la Ville dans cette transition et avec quelle méthode elle compte avancer.

Lutter contre l’obsolescence programmée

Un autre motif central de cette démarche tient à la lutte contre l’obsolescence programmée. La fin annoncée du support de certains systèmes, comme Windows 10, pose un problème très concret car elle peut conduire au remplacement massif de postes encore parfaitement fonctionnels, simplement parce qu’ils ne seraient plus compatibles avec les versions suivantes.

Cette logique est problématique à plusieurs titres. Elle coûte cher. Elle génère des déchets électroniques. Elle pousse à renouveler des équipements avant leur fin de vie réelle. Elle enferme enfin les collectivités dans une spirale de dépendance technique et budgétaire qui est difficilement compatible avec une gestion responsable des deniers publics. Refuser cette logique, ce n’est pas refuser la modernisation. C’est au contraire défendre une modernisation plus intelligente, plus sobre, plus durable. C’est chercher à prolonger la durée de vie des équipements, à rationaliser les renouvellements, à réduire les impacts environnementaux et à préserver la capacité de choix de la collectivité.

Un sujet pleinement écologique

Ce débat est donc profondément lié à l’écologie politique. Le numérique a un coût matériel bien réel (fabrication des équipements, consommation de ressources, production de déchets, dépendance aux chaînes d’approvisionnement).

Dans cette perspective, la sobriété numérique n’est pas une option accessoire. Elle est une traduction directe des principes écologistes appliqués à la gestion publique. Préférer des outils libres, plus durables, plus interopérables et moins contraints par des cycles de renouvellement imposés, c’est faire de l’écologie par le concret. C’est articuler justice sociale, responsabilité budgétaire et responsabilité environnementale.

La réponse de l’exécutif à ma question est à retrouver ci-dessous

Les éléments partagés en février dernier lors de l’adoption du voeu demeurent pleinement valables et sont aujourd’hui complétés par plusieurs avancées récentes. La Ville poursuit en effet ses travaux visant à renforcer progressivement sa maîtrise des infrastructures, des données et des outils numériques mobilisés pour le service public. Dans un contexte de fortes dépendances technologiques, l’autonomie stratégique numérique constitue un enjeu croissant de continuité du service public, de protection des données et de capacité d’action des collectivités.
S’agissant de la cartographie des dépendances, la Ville poursuit son travail d’identification de ses principales dépendances technologiques ainsi que l’évaluation des risques associés. Cette démarche est pleinement intégrée aux travaux de gouvernance du système d’information, d’urbanisation ou encore de sécurité et permet d’apprécier les enjeux de réversibilité, de maîtrise des données et d’autonomie technologique de la collectivité. Elle oriente les priorités d’action sur les domaines les plus structurants que sont les infrastructures, les applications, les données, l’intelligence artificielle et les outils collaboratifs.
S’agissant du comité d’évaluation des risques, le voeu adopté en février dernier a utilement contribué à renforcer la visibilité de ces enjeux et conforte les travaux déjà engagés par la Ville en matière d’autonomie stratégique numérique. Dans cette perspective, la Ville examine les modalités permettant de consolider ces travaux au sein d’un dispositif de suivi plus identifié, afin de renforcer la lisibilité de la cartographie des dépendances, le partage de l’information et le pilotage des trajectoires de réduction des risques.
En ce qui concerne les premières orientations engagées pour réduire ces dépendances, plusieurs chantiers sont d’ores et déjà à l’oeuvre :

  • S’agissant de la data, les travaux menés autour de Panoramax peuvent être cités, de même que la diversification des outils de valorisation et d’exploitation des données ;
  • S’agissant de l’intelligence artificielle, la Ville a récemment renforcé ses capacités d’hébergement en datacenter, première étape permettant de créer les conditions du déploiement futur de solutions d’intelligence artificielle fondées sur des modèles ouverts et maîtrisés ;
  • S’agissant des outils collaboratifs, la DSIN teste actuellement avec la DLH la visioconférence de la Suite Numérique et étudie simultanément la faisabilité d’une messagerie fondée sur cette Suite.
    Ces travaux s’inscrivent en cohérence avec l’implication de la Ville dans plusieurs dynamiques inter-collectivités et open source, notamment Cité+, CGCC, TOSIT et OW2, ainsi que, plus largement, dans des échanges français et européens visant à mutualiser les outils, les retours d’expérience et les alternatives crédibles aux dépendances actuelles. À ce titre, les avancées autour de Cité Libre peuvent également être mentionnées, dans la continuité des travaux menés autour de Lutèce et de la mutualisation entre collectivités.
    Enfin, s’agissant plus spécifiquement des systèmes d’exploitation et des outils bureautiques, la Ville continue de tenir une ligne à la fois progressive et pragmatique, fondée sur l’évaluation régulière des dépendances, l’expérimentation de solutions souveraines lorsqu’elles présentent un niveau de maturité suffisant, ainsi que sur des arbitrages guidés par la continuité de service, la sécurité, les usages et la réversibilité.
    L’ensemble de ces travaux traduit une orientation claire, à savoir réduire drastiquement les vulnérabilités identifiées et accroître durablement les capacités d’actions et de choix de la Ville dans un environnement numérique en profonde transformation.

Mots-clés : Conseil de Paris, numérique, souveraineté, données, question écrite.

Laisser un commentaire

Bienvenue sur mon site !

Conseiller de Paris, Conseiller métropolitain et Conseiller du 19ᵉ, engagé sur les enjeux écologiques et démocratiques, je propose ici un décryptage régulier des décisions publiques auxquelles je participe.

Restons en contact

Publications récentes