Depuis janvier 2026, les Gazaouis sont exclus du dispositif d’accueil d’urgence des scientifiques et artistes en exil. Une première depuis la création du programme et une décision qui interroge le principe d’égalité de traitement et la parole donnée par l’État. En juin dernier le groupe écologiste et social avait déposé un vœu sur le sujet. Retrouvez mon intervention au Conseil de Paris.
Un programme né de l’urgence
Le programme PAUSE (Programme d’accueil en urgence des scientifiques et des artistes en exil) est lancé en 2016-2017 sous l’égide du Collège de France, avec le soutien de fonds publics et de la Fondation de France. Son principe estde permettre à des chercheurs et des artistes menacés dans leur pays de poursuivre leur travail en France, dans des laboratoires et des institutions d’accueil, quelles que soient leur origine et leur discipline.
Le dispositif fonctionne sous la tutelle de quatre ministères : l’Enseignement supérieur et la Recherche, l’Intérieur, l’Europe et les Affaires étrangères, et la Culture. Les lauréats se voient délivrer un visa long séjour « passeport talent-chercheur ». En moins de dix ans, plus de 700 personnes en ont bénéficié : Afghans, Ukrainiens, Russes, Syriens, Iraniens, Yéménites…
Gaza : des lauréats, une promesse non tenue
Depuis octobre 2023, les dix universités de la bande de Gaza subissent des bombardements. Enseignants-chercheurs, écrivains, artistes y sont directement menacés, et nombre d’entre eux ont perdu leur maison, leur atelier, leurs archives. Le programme PAUSE sélectionne alors des lauréats gazaouis. L’un des premiers, dont la maison avait été bombardée dès octobre 2023, signe un contrat d’accueil avec un laboratoire français. En septembre 2025, cent sept dossiers sont acceptés, concernant principalement des Palestiniens.
L’État s’engage. Dans des réponses écrites à des parlementaires, le gouvernement indique que la France s’est engagée à accueillir 26 artistes et universitaires gazaouis, ainsi que leurs familles, sélectionnés par le comité de pilotage du programme.
Mais l’engagement bute sur un obstacle de taille car pour sortir de Gaza, il faut un permis de sortie délivré par les autorités israéliennes. Depuis le 1er mai 2024, la France attend ces autorisations pour les lauréats. Quelques familles seulement les obtiennent.
Août 2025 : la suspension
Le 1er août 2025, les évacuations vers la France de personnes venant de Gaza sont suspendues, sans date de reprise. Pour cause, un fait isolé médiatisé, concernant une personne accueillie via un autre programme. Une enquête interministérielle est lancée pendant l’été, et de nouvelles procédures de contrôle des profils sont mises en place.
France Universités, le Collège de France, des chercheurs et des écrivains, dont plusieurs prix Nobel, appellent alors à la reprise du programme. Des parlementaires interpellent le gouvernement par des questions écrites. La réponse du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères reste la même : ses services « poursuivent leurs efforts » pour permettre la sortie de Gaza des lauréats.
Janvier 2026 : de la suspension à l’exclusion
En janvier 2026, un cap est franchi. Les quatre ministères de tutelle notifient au Collège de France que les candidatures de Palestiniens de Gaza ne seront plus instruites. La directrice du programme explique cette décision par « l’impossibilité actuelle de mettre en œuvre des mesures de mise en sécurité et d’évacuation ». Le 15 avril 2026, les structures d’accueil sont informées que l’exclusion est maintenue.
C’est la première fois, depuis la création du programme, qu’une population entière en est écartée. Selon les associations, environ 130 lauréats gazaouis attendent toujours.
Pourquoi on peut parler de rupture de justice
L’argument officiel est celui de la contrainte matérielle. On ne peut pas évacuer depuis Gaza, donc on arrête. Mais cette décision pose au moins trois problèmes de fond.
1. Une exclusion par l’origine. Être gazaoui suffit désormais à être écarté, sans examen individuel ni reproche personnel. Pour d’autres publics, le programme a su s’adapter à des situations de crise, comme pour les Ukrainiens ou les chercheurs américains menacés. Traiter différemment des personnes également menacées, selon leur seul lieu de vie, relève d’une inégalité de traitement.
2. Une sanction collective. Un fait isolé, concernant une personne extérieure au programme, a fini par justifier la suspension, puis l’exclusion de toute une catégorie de lauréats sélectionnés sur la base de leur mise en danger et de leur travail. Les faire payer pour un cas qui ne les concerne pas est contraire à l’idée même d’une justice individualisée.
3. Un programme d’urgence qui exclut l’extrême urgence. Un dispositif conçu pour protéger les personnes en danger perd son sens s’il se détourne de celles dont le danger est le plus grand. Et une difficulté logistique, même réelle, n’est pas un motif d’inéligibilité. En outre, des lauréats ont été sélectionnés et l’État s’est engagé à les accueillir. Revenir sur cette parole est une rupture de confiance.
Le recours devant le Conseil d’État
Le 4 juin 2026, une trentaine de lauréats palestiniens et plus de quinze organisations, dont la Ligue des droits de l’Homme, ont déposé un recours en annulation, assorti d’un référé-suspension, devant le Conseil d’État contre la décision d’exclusion. Les requérants dénoncent une politique visant à limiter autant que possible l’accueil de Palestiniens de Gaza, pourtant en droit de rejoindre la France.
Le juge des référés a estimé que l’impossibilité, pour les lauréats vivant à Gaza, de quitter temporairement le territoire ne permettait pas de justifier l’urgence à reprendre le programme lui-même.
Ce qui est en jeu
Le gouvernement met en avant des contraintes de sécurité et d’évacuation réelles, ainsi que la nécessité de contrôler les profils. Ces préoccupations ne sont pas illégitimes, mais elles peuvent se traiter par des vérifications individuelles, pas par une exclusion collective.
Au-delà du sort des lauréats, c’est la crédibilité d’un programme qui a fait la réputation de la France comme terre d’accueil de la liberté académique et artistique qui est en jeu. Un programme d’urgence ne peut pas choisir ses urgences selon la géographie.
Mots-clés : Gazaouis programme PAUSE, programme PAUSE Collège de France, chercheurs gazaouis, artistes gazaouis, évacuation chercheurs Gaza France, accueil en urgence scientifiques en exil.



Laisser un commentaire