Faire de Paris, la capitale du sport pour toutes et tous !

Le sport populaire est un levier fondamental d’égalité et de cohésion sociale. Lors du Conseil de Paris de mai 2026, à l’occasion de la délibération concernant la convention triennale avec la Fédération Française de Tennis, je suis intervenu pour rappeler l’importance, au-delà de promouvoir l’accès à un spectacle sportif, d’assurer un droit effectif à pratiquer pour toutes et tous.

Retrouvez ci-dessous mon intervention :

Monsieur le Maire,

Mes chers collègues,

Nous savons toutes et tous ce que le tennis peut représenter dans l’imaginaire collectif.

Pour beaucoup, il reste encore associé à un sport fermé, coûteux, trop souvent perçu comme réservé à une minorité favorisée.

Pendant trop longtemps, le tennis a porté ces stigmates d’un sport élitiste, à distance de la réalité de tant de nos concitoyennes et concitoyens.

La démocratisation du sport passe, tout d’abord, par ces grands moments de partage collectif qui font battre le cœur d’une ville. Je pense notamment au Club France à la Villette pendant les Jeux olympiques et paralympiques.

Ces instants comptent, à mon sens, parce qu’ils donnent à voir le sport non pas comme un privilège, mais comme une fête commune, une émotion partagée, finalement ce qu’il est et devrai toujours rester : un bien commun.

Nous sommes donc favorables à cette tribune en accès libre et gratuit place de la Concorde pendant Roland-Garros. Dans un tournoi où, on le sait, le prix d’une place en finale peut parfois atteindre des sommets, il est bon que des Parisiennes et des Parisiens puissent, eux aussi, vivre l’événement, sentir son intensité, partager cette ambiance, sans barrière financière.

Et je pense qu’on peut saluer aussi d’autres points de cette convention.

La billetterie solidaire, les 450 billets au minimum pour la semaine d’ouverture du tournoi, puis 120 pour le tournoi principal, vont dans le sens de la démocratisation de ce sport.

De même, les dispositifs de proximité pour le développement du vont dans le bon sens. Ils permettent d’aller vers celles et ceux qui sont trop souvent éloignés de ces pratiques.

Enfin, la pérennisation du Challenge Roland-Garros inter-écoles est également une bonne nouvelle, parce qu’elle inscrit la transmission dans la durée, auprès des plus jeunes, là où tout commence.

Paris a été pionnière dans la conceptualisation de la notion d’héritage pendant les Jeux. Gardons cet esprit ! Ce que l’on investit aujourd’hui dans les événements sportifs doit aussi bénéficier aux parisiennes et parisiens demain.

Dans ce mandat, si nous voulons réellement faire du sport un droit pour toutes et tous, alors nous devons donc aller au-delà de l’événement,

au-delà de la vitrine, au-delà du seul rayonnement.

Le sport populaire, ce n’est pas seulement regarder un match sur écran géant, aussi convivial que cela puisse être. Le sport populaire, c’est permettre à chaque enfant, à chaque jeune, à chaque famille, notamment dans les quartiers populaires, de pratiquer durablement une activité sportive. C’est faire en sorte que le coût, les équipements, les codes sociaux ou les barrières territoriales ne soient plus des obstacles.

Sur le principe nous sommes donc en accord avec les amendements proposés par les groupes communistes et NPP. En revanche, ces amendements proposent de modifier unilatéralement la convention et nous n’en avons pas la capacité juridique. Nous demandons donc que ces objectifs soient intégrés à l’avenant dès l’année prochaine. 

Parce qu’au fond, c’est cela l’enjeu de ce débat. Le sport ne doit pas être réservé à quelques-uns. Il ne doit pas être réduit à la performance, à l’image, au prestige à l’attractivité internationale. Le sport, je le redis, est un bien commun.

Il doit devenir espace d’égalité. Un outil d’émancipation. Un vecteur de santé publique et de lien social.

Voilà pourquoi nous soutenons cette délibération et nous souhaitons améliorer ses ambitions sociales par un avenant dans les années à venir. Nous, écologistes, veillerons au sein de la 7ème commission, à ce que nos politiques publiques soient en faveur du sport pour toutes et tous.

Contexte légal et institutionnel en France

Le droit de pratiquer un sport occupe une place de plus en plus affirmée dans les textes internationaux et nationaux. Dès 1978, l’UNESCO a érigé la pratique sportive en droit élémentaire, en déclarant que « la pratique de l’éducation physique et du sport est un droit fondamental pour tous »1. La version révisée de la Charte internationale (2015) renforce cet engagement, insistant sur la « nécessité d’assurer l’accès à l’éducation physique, à l’activité physique et au sport sans discrimination » (genre, handicap, origine, condition sociale)2. De même, le Conseil de l’Europe reconnaît que l’accès au sport pour tous est un « droit fondamental de la personne humaine »3. Ces textes soulignent que le sport ne peut se réduire au haut niveau ou à un loisir élitiste, il doit être accessible, inclusif, et servir à l’épanouissement individuel et collectif (éducation, santé, cohésion sociale). En pratique, cela implique de soutenir les activités physiques tout au long de la vie, de promouvoir la mixité et la participation citoyenne, et d’évaluer l’impact social des politiques sportives4.

En France, le Code du sport a traduit ces ambitions. L’article L.100‑1 du Code du sport dispose que « le développement du sport pour tous […] est d’intérêt général » et que « la pratique des activités physiques et sportives participe à l’égalité des chances, à la santé, à l’intégration sociale et à l’épanouissement de la personne »5. Il précise en outre que « la loi favorise un égal accès aux activités physiques et sportives, sans discrimination fondée sur … le handicap, la condition sociale… »6. L’article L.100‑2 énumère les acteurs (État, collectivités, fédérations, entreprises sociales, associations) qui concourent à la promotion du sport et assurent « un égal accès aux pratiques sportives sur l’ensemble du territoire »7. Ainsi, le cadre juridique français place officiellement le « sport pour tous » au cœur des politiques publiques. Des lois récentes ont encore renforcé ce principe (loi de mars 2022 simplifiant et consolidant le Code du sport). En parallèle, des initiatives institutionnelles (notamment la « Stratégie nationale sport santé » et la création d’un « Service public du sport » en 2020) traduisent un engagement intersectoriel à lutter contre la sédentarité et les discriminations. Cependant, la mise en œuvre reste complexe et souvent insuffisante. Comme le note France Stratégie, si le sport s’est démocratisé en volume de licences, les inégalités d’accès demeurent prégnantes.8

Dans ce contexte, les collectivités territoriales jouent un rôle crucial. Les lois de décentralisation font du sport une compétence partagée (NOTRe 2015), mais non obligatoire9. En pratique, communes, intercommunalités, départements et régions interviennent sur des aspects complémentaires. Les communes en premier lieu gèrent les équipements de proximité et subventionnent les clubs locaux10, les départements soutiennent notamment les sports de nature (par exemple via le plan départemental des sports de nature)11, et les régions financent les infrastructures d’expertise (comme les CREPS) ou les événements régionaux.

Diagnostic territorial : inégalités et publics éloignés du sport à Paris

Malgré l’arsenal normatif et les efforts municipaux, de fortes inégalités d’accès au sport persistent à Paris, comme ailleurs. Sur le plan socio-économique, l’île de France concentre les plus fortes disparités de niveau de vie (rapport interdécile de 4,6 en IDF vs 3,5 en France)12. À Paris même, la richesse la plus élevée côtoie la plus modeste à l’intérieur de chaque arrondissement13. 16,1 % des Parisiens vivaient en dessous du seuil de pauvreté en 2012 (contre 14 % national)14, avec des taux extrêmes dans certains arrondissements populaires ou en petite couronne voisine (jusqu’à 27 % en Seine-Saint-Denis). Les ménages peu aisés rencontrent plus de difficultés pour accéder au sport organisé. Licence sportive, matériel, déplacements ou coûts de formation constituent autant de barrières. On observe ainsi un gradient clair selon le statut social, plus de la moitié des cadres déclarent être sportifs réguliers contre seulement un tiers des ouvriers15.

Le critère de genre accroît encore ces écarts. Les femmes disposent en moyenne de 5 points de pourcentage de moins de pratique sportive que les hommes16. À Paris comme ailleurs, certaines activités physiques (gymnastique, fitness, natation loisirs) attirent majoritairement des pratiquantes féminines, tandis que les sports les plus populaires (football, rugby, arts martiaux) restent majoritairement masculins. Des études récentes soulignent même une invisibilité progressive des jeunes filles dans les équipements sportifs urbains en libre accès. Au-delà de 10 ans, beaucoup de filles abandonnent les terrains multisports de quartier, souvent pour ne pas avoir à affronter les garçons plus âgés et préserver leur sentiment de sécurité17. Sans actions ciblées, les stéréotypes de genre et les problèmes d’accueil freinent la mixité sportive urbaine.

Les personnes en situation de handicap constituent un autre public défavorisé. L’État l’a confirmé dans le Code du sport : la loi favorise l’égal accès aux activités sportives « sans discrimination fondée sur […] le handicap »18. En pratique, Paris multiplie les équipements accessibles (piscines avec rampes, salles polyvalentes adaptables, partenariats avec l’Unité nationale sport et handicap, dispositif « Club Inclusif » du CPSF, etc.). Cependant, l’offre reste limitée pour certaines situations (handisport lourd ou sport adapté) et la sensibilisation demeure un travail de longue haleine. Au regard de l’article L.100‑1 du Code du sport (qui vise expressément l’inclusion), ces publics devront être prioritairement concernés par toute nouvelle politique de « sport pour tous ».

Enfin, les quartiers populaires (ZUS ou QPV) et la jeunesse parisienne méritent un focus particulier. Paris compte environ 18 % d’habitants classés « quartiers en politique de la ville » (soit quelque 300 000 personnes, souvent jeunes et défavorisées), dont 30 % ont moins de 18 ans. Dans ces quartiers d’habitat social, les équipements et associations de proximité sont parfois insuffisants pour absorber la demande. Des initiatives telles que les « ateliers bleus sportifs » en périscolaire ou le plan d’animations estivales existant ont compensé partiellement ce déficit, mais la demande reste forte. Les retours d’enquête qualitatives montrent que les jeunes des quartiers populaires voient souvent le sport comme un espace de socialisation, de santé et d’insertion19.

Focus sur le partenariat FFT-Ville de Paris

La délibération sur le partenariat FFT-Ville de Paris s’inscrit dans cette dynamique. Elle prévoit notamment l’installation gratuite d’une tribune sur la place de la Concorde durant Roland-Garros et la signature d’une convention triennale (2026-2028) pour promouvoir le tennis. Ce dispositif présente des atouts (mobilisation de l’attractivité de Roland-Garros, animations gratuites, accompagnement scolaire et santé, etc.), mais le chantier reste entier pour que le sport soit un bien commun et un outil concret d’égalité.

Si le tennis reste un sport à forts coûts d’accès (équipement, licence, terrain), les politiques publiques se doivent de le rendre plus accessible par le biais de l’événementiel mais aussi par la formation, l’emploi local et les initiatives d’inclusion. Comme le rappelle la géographie sociale du sport, l’accès de tous à l’espace public sportif urbain est entravé par des phénomènes d’autoreproduction sociale (fréquentation en cercle fermé, sentiment d’insécurité, etc).

En résumé, l’enjeu parisien du « sport populaire » est d’autant plus crucial que la capitale conjugue richesse d’équipements et profil social contrasté. Le rôle d’une collectivité comme Paris doit être de réduire ces fractures sociales et géographiques, en ciblant prioritairement les populations sous-représentées (quartiers défavorisés, femmes, personnes en situation de handicap) et en insistant sur la pratique durable (et non uniquement la découverte ponctuelle). Cela implique de mesurer l’impact des politiques et d’associer étroitement les habitants à la définition des actions (comités d’usagers, sondages, baromètre).

Mots-clés : sport pour tous, politiques publiques du sport, sport populaire, accès au sport, Ville de Paris, sport, démocratisation du sport, droit au sport, inclusion par le sport, collectivités territoriales sport, tennis.

Notes de bas de page :

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  8. ↩︎
  9. ↩︎
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  11. ↩︎
  12. ↩︎
  13. ↩︎
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  19. ↩︎

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Conseiller de Paris, Conseiller métropolitain et Conseiller du 19ᵉ, engagé sur les enjeux écologiques et démocratiques, je propose ici un décryptage régulier des décisions publiques auxquelles je participe.

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