Depuis la reprise du pouvoir par les Talibans en août 2021, l’Afghanistan connaît une transformation profonde de son ordre juridique et social, marquée par une remise en cause systématique des droits fondamentaux des femmes. Les évolutions récentes du cadre pénal et administratif ont conduit de nombreux chercheurs, juristes internationaux et organisations de défense des droits humains à qualifier cette situation d’apartheid de genre, en raison du caractère structurel, institutionnalisé et méthodique des discriminations imposées aux femmes.
Au dernier Conseil de Paris, nous avons déposé un vœu visant à réaffirmer notre solidarité avec le peuple afghan, notre soutien aux femmes afghanes et notre opposition à toute forme de coopération politique susceptible de légitimer le régime taliban. Retrouvez ci-dessous mon intervention :
L’institutionnalisation de l’effacement des femmes afghanes
Le nouveau code pénal adopté en janvier 2026 constitue à cet égard un tournant majeur. Il ne se limite plus à encadrer ou restreindre certaines libertés. Il organise juridiquement l’effacement progressif des femmes de l’espace social, éducatif, professionnel et politique. Les femmes se voient privées d’autonomie juridique effective, exclues de l’enseignement secondaire et supérieur, marginalisées du marché du travail et soumises à des dispositifs permanents de contrôle masculin. Ce corpus normatif s’accompagne par ailleurs de la légalisation de pratiques répressives particulièrement violentes, parmi lesquelles les châtiments corporels et les exécutions publiques.
La gravité de la situation est d’ailleurs désormais reconnue par les institutions internationales elles-mêmes. En juillet 2025, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre les plus hauts dirigeants talibans pour crimes contre l’humanité liés à la persécution des femmes et des filles afghanes. Une décision historique qui marque une étape importante dans la reconnaissance juridique de ces violations systématiques. Mais au moment même où la justice internationale poursuit les dirigeants talibans, un autre mouvement est à l’œuvre.
L’Europe face à ses contradictions
Sous la pression des débats migratoires qui traversent le continent, plusieurs responsables européens plaident désormais pour un réengagement avec les autorités de Kaboul. Personne ne conteste que les États doivent dialoguer lorsqu’il s’agit de protéger leurs ressortissants ou de gérer certaines situations pratiques. Mais recevoir officiellement des représentants d’un régime qui organise méthodiquement la persécution de sa population ne relève pas d’un échange technique. C’est une décision politique qui contribue à légitimer et normaliser le régime.
Notre ville accueille depuis de nombreuses années une importante communauté afghane. Des étudiant·es, des artistes, des journalistes, des universitaires, des familles entières ont trouvé refuge à Paris après avoir fui la guerre, les persécutions ou le régime taliban.
Paris s’est toujours voulue une ville refuge. Une ville qui défend les droits humains, les libertés fondamentales et le droit d’asile. Ces principes ne doivent pas s’arrêter aux frontières de notre actualité médiatique.

Nous avons engagé un travail de fond pour structurer la solidarité politique avec les femmes afghanes

C’est dans cette perspective qu’une réunion de travail s’est tenue jeudi 7 mai 2026 avec l’association Enfants d’Afghanistan et d’Ailleurs afin de structurer l’engagement de la Ville de Paris sur ces enjeux. Cette rencontre a réuni plusieurs personnalités issues de la société civile afghane, du monde académique et des institutions internationales, parmi lesquelles Richard Bennett et Reza Jafari, ainsi que plusieurs militantes afghanes aujourd’hui contraintes à l’exil.
Les échanges ont permis d’identifier plusieurs axes d’action susceptibles d’être développés à l’échelle municipale : constitution d’un réseau transpartisan d’élus engagés sur la question afghane, organisation d’initiatives de sensibilisation auprès du grand public, renforcement des dispositifs d’accueil pour les réfugiées afghanes, soutien accru aux associations franco-afghanes et adoption de prises de position institutionnelles reconnaissant la réalité de l’apartheid de genre.
L’enjeu dépasse largement le seul cas afghan. Il interroge la capacité des démocraties contemporaines à défendre concrètement les principes universels d’égalité, de dignité et de liberté lorsque ceux-ci sont méthodiquement démantelés par un régime politique. À ce titre, la situation des femmes afghanes constitue non seulement une urgence humanitaire, mais également un défi politique et moral majeur pour les sociétés démocratiques.

Merci à l’association Enfants d’Afghanistan et d’Ailleurs (EAA) et en particulier à son président Reza Jafari pour son engagement permanent sur le sujet.
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